Camions ups : organisation, technologie embarquée et optimisation des tournées

Camions ups : organisation, technologie embarquée et optimisation des tournées

Si vous travaillez dans le transport ou la distribution, vous avez forcément déjà vu passer ces camions marron aux États-Unis, ou leurs équivalents européens : les véhicules de livraison UPS. Derrière leur apparente simplicité, l’organisation de ces tournées est l’une des plus optimisées au monde. On parle de millions de colis, de milliers de chauffeurs, et de choix d’itinéraires calculés à la minute près.

Dans cet article, je vous propose de décortiquer trois axes qui font la force du modèle UPS :

  • l’organisation opérationnelle autour des camions,
  • la technologie embarquée,
  • l’optimisation fine des tournées.
  • Objectif : identifier ce qui est transposable dans une flotte « normale », que vous gériez 10, 100 ou 1 000 véhicules.

    Comment UPS organise ses camions et ses tournées au quotidien

    Avant de parler d’algorithmes, il faut comprendre le cadre opérationnel. Ce qui impressionne chez UPS, ce n’est pas uniquement la technologie, c’est la rigueur dans l’exécution.

    Sur un centre type (hub urbain ou périurbain), la journée des camions de livraison se structure autour de quelques principes clés :

  • Une logique de territoire très cadrée : chaque camion a une zone géographique précise, découpée en « loops » ou secteurs. Le chauffeur connaît sa zone dans le détail : rues, habitudes des clients, points de blocage récurrents. L’IT sert à optimiser, mais la base reste un ancrage territorial fort.
  • Une plage horaire très dense : les tournées sont construites pour maximiser le nombre de stops par heure (livraisons + enlèvements). UPS suit des KPI comme :
    • nombre d’arrêts par heure,
    • colis par arrêt,
    • temps moyen passé par stop,
    • kilomètres par colis.
  • Un chargement séquencé : les camions ne sont pas simplement « remplis à bloc ». Les colis sont chargés dans l’ordre de la tournée, par colonnes, étagères, racks, avec un lien direct entre le plan de tournée et le plan de chargement. L’objectif : réduire au maximum le temps de recherche du colis à chaque arrêt.
  • Une discipline opérationnelle quasi « industrielle » : temps de briefing du matin, check-lists véhicule, règles de sécurité standardisées, process d’entrée et de sortie du centre… Tout est chronométré et mesuré.
  • Pour un responsable transport, la vraie leçon ici : avant d’investir dans un algorithme d’optimisation de tournées, il faut un socle process clair. Sans standardisation minimale (zoning, chargement, consignes chauffeur), la technologie ne donnera qu’un gain partiel.

    Technologie embarquée : bien plus qu’un simple GPS

    Les camions UPS sont de vraies plateformes de collecte et d’exploitation de données. Plusieurs briques technologiques se combinent :

  • Ordinateur de bord / terminal chauffeur (type DIAD chez UPS) :
    • scan des colis à chaque étape (charge, livraison, pick-up),
    • gestion des preuves de livraison (signature, photo),
    • remontée en temps réel des statuts,
    • aide à la navigation et à la séquence de stops.
  • Télématique véhicule :
    • position GPS temps réel,
    • vitesse, freinages brusques, accélérations, ralenti moteur,
    • consommation carburant/énergie,
    • ouverture/fermeture des portes, utilisation de la ceinture, etc.
  • Connexion au TMS et au système d’optimisation de tournées :
    • affectation des missions directement sur le terminal,
    • mise à jour automatique en cas de nouvel enlèvement / urgence,
    • remontée de l’avancement pour l’ordonnancement en temps réel.
  • Outils d’analyse de performance :
    • tableaux de bord par chauffeur, camion, secteur,
    • suivi des dérives (temps non productif, détour, surconsommation),
    • identification des « best practices » et transfert aux autres équipes.
  • Du point de vue opérationnel, l’intérêt n’est pas la donnée en soi, mais ce qu’on en fait. Un responsable flotte peut par exemple utiliser ces informations pour :

  • réajuster des tournées trop longues ou trop courtes,
  • identifier des zones systématiquement congestionnées et revoir les horaires,
  • former des chauffeurs sur l’éco-conduite à partir de données factuelles,
  • décider du passage à l’électrique sur des tournées courtes, très urbaines, avec peu de kilomètres mais beaucoup de stops.
  • La technologie embarquée devient alors un levier de pilotage fin, pas seulement un « mouchard ». La nuance est importante pour l’acceptation par les équipes terrain.

    ORION et l’obsession de l’optimisation de tournées

    UPS a beaucoup communiqué sur ORION (On-Road Integrated Optimization and Navigation), son système d’optimisation de tournées. Derrière le buzz, l’outil n’est pas magique : il applique de manière massive ce que beaucoup de TMS modernes savent déjà faire, mais avec une qualité de données et une rigueur d’usage hors norme.

    Quelques principes clés à retenir, largement transposables :

  • Minimiser le nombre de virages coûteux : l’exemple célèbre est la réduction drastique des virages à gauche (aux États-Unis), pour limiter le temps d’attente à un carrefour, la consommation et les risques d’accident. Transposé ailleurs, cela signifie :
    • limiter les retournements, demi-tours, manœuvres complexes en centre-ville,
    • éviter les grands axes ultra-congestionnés aux heures de pointe, même si le nombre de kilomètres est légèrement supérieur.
  • Ordonnancer en tenant compte des fenêtres de temps :
    • horaires d’ouverture des clients,
    • contraintes de réception (quais, prise de rendez-vous),
    • engagements de type « livré avant 10h » sur certains services premium.
  • Réduire les temps morts :
    • limiter le temps passé à chercher un colis dans le camion grâce au chargement séquentiel,
    • enchaîner les arrêts très proches géographiquement avant de repartir plus loin,
    • éviter les allers-retours dans une même rue ou un même quartier.
  • Simuler en amont, ajuster en temps réel :
    • planification des tournées la veille ou tôt le matin avec les prévisions de colis,
    • capacité à insérer des enlèvements de dernière minute dans les tournées déjà lancées,
    • recalcul dynamique en cas d’incident majeur (accident, panne, blocage).
  • Un point souvent sous-estimé : ORION n’a réellement produit ses plus gros gains qu’après plusieurs années, une fois que :

  • les données d’adresses étaient nettoyées,
  • les temps de service par type de client étaient mieux calibrés,
  • les chauffeurs avaient intégré et challengé les propositions de l’outil.
  • Sans ce travail de fond, l’optimisation mathématique reste théorique. C’est la boucle « tournées proposées → retours du terrain → ajustements » qui fait la différence.

    Chargement des camions : l’optimisation invisible mais clé

    On parle souvent d’itinéraires, beaucoup moins de chargement. Pourtant, chez UPS comme chez d’autres expressistes, le gain de productivité se joue aussi dans les 15–30 secondes que le chauffeur perd (ou gagne) à chaque stop.

    Quelques bonnes pratiques observables et transposables :

  • Aligner le WMS/TMS et la réalité du véhicule :
    • définir des « zones virtuelles » dans le camion (gauche/droite, avant/arrière, étagères, niveaux),
    • faire correspondre ces zones à des codes dans le système, pour guider le chargement,
    • intégrer l’ordre de tournée dans le picking et le chargement en entrepôt.
  • Limiter la multi-manipulation :
    • éviter de devoir déplacer des colis pour accéder à ceux du fond,
    • regrouper physiquement les colis d’un même stop ou d’une même rue,
    • penser gestion de volumes : colis lourds et encombrants accessibles, sans risque de chute.
  • Standardiser les schémas de chargement :
    • schémas types selon la taille du véhicule et le type de tournée (urbaine, rurale, mixte),
    • formations pratiques avec marquages au sol et gabarits dans la zone de chargement,
    • check-lists visuelles pour les équipes de quai.
  • Sur le terrain, les gains sont très concrets : quelques secondes économisées par stop, multipliées par 80, 100 ou 120 stops/jour, font la différence entre une journée qui se termine à 17h30 ou à 19h.

    Ce que peuvent copier les transporteurs et distributeurs « classiques »

    Tout le monde n’a pas les moyens d’UPS, mais beaucoup de leviers sont accessibles avec des budgets raisonnables. Si je devais résumer une feuille de route pragmatique pour un chargeur ou un transporteur, elle ressemblerait à ceci :

  • Étape 1 : cartographier et standardiser
    • définir clairement les secteurs de tournées (cartes, temps cibles, volumes moyens),
    • documenter les types de livraisons (B2B, B2C, centre-ville, zone industrielle),
    • poser des standards simples : horaires de départ, temps de chargement, règles de sécurité.
  • Étape 2 : fiabiliser les données d’entrée
    • nettoyer les adresses (géocodage, coordonnées GPS, codes digicodes, instructions clients),
    • mesurer les temps de service par typologie de client, pas « au feeling »,
    • formaliser les fenêtres horaires réelles (et pas juste « 8h–18h » par défaut).
  • Étape 3 : équiper progressivement la flotte
    • commencer par un outil de géolocalisation simple + remontée des statuts de livraison,
    • intégrer ensuite un module d’optimisation de tournées adapté à votre taille,
    • connecter les terminaux chauffeurs au TMS pour supprimer le papier.
  • Étape 4 : installer une culture KPI
    • suivre chaque semaine quelques indicateurs clés :
      • stops par heure,
      • kilomètres par stop,
      • taux de livraisons réussies du premier coup,
      • consommation carburant/énergie par tournée.
    • partager ces résultats avec les chauffeurs, pas seulement avec la direction,
    • valoriser les tournées ou chauffeurs les plus performants (en expliquant pourquoi).
  • Étape 5 : boucler en continu entre terrain et planification
    • instaurer des points réguliers avec quelques chauffeurs référents pour challenger les tournées,
    • corriger les aberrations de l’algorithme (rues impraticables, sens interdits, chantiers récurrents),
    • ajuster les paramètres de temps de service en fonction des retours réels.
  • L’idée n’est pas de copier au millimètre le modèle UPS, mais d’en reprendre l’esprit : rigueur dans les données, discipline dans l’exécution, amélioration continue basée sur les chiffres et sur le terrain.

    RSE, sécurité, conditions de travail : les autres impacts de l’optimisation

    On réduit souvent l’optimisation de tournées au trio coûts/kilomètres/délais. En pratique, les impacts sont plus larges, et UPS en joue clairement dans sa communication :

  • Réduction des émissions :
    • moins de kilomètres inutiles,
    • moins d’attente à l’arrêt (ralenti moteur),
    • meilleure adéquation véhicule/tournée (petits véhicules ou électriques sur des tournées denses).
  • Amélioration de la sécurité :
    • diminution des manœuvres risquées (demi-tours, traversées d’axes chargés),
    • analyse des freinages brusques et incidents de conduite,
    • formations ciblées sur les comportements à risque identifiés par la télématique.
  • Conditions de travail des chauffeurs :
    • tournées plus cohérentes, moins de stress lié au temps,
    • réduction des charges physiques inutiles (moins de re-manipulations de colis),
    • reconnaissance via des KPI objectivés plutôt que des impressions.
  • Il faut toutefois rester lucide : une sur-optimisation mal pilotée peut aussi générer l’effet inverse (pression excessive, impossibilité réaliste de tenir le plan théorique). D’où l’importance d’intégrer les chauffeurs dans la boucle et de confronter systématiquement les plans aux réalités de la route.

    Les questions à se poser avant de « faire comme UPS »

    Pour terminer, quelques questions simples mais structurantes à se poser avant de lancer un projet d’optimisation inspiré du modèle UPS :

  • Vos secteurs de tournées sont-ils clairs, stables, compris des chauffeurs ?
  • Avez-vous une idée précise de vos temps réels de service par type de client ?
  • Votre niveau de qualité de données (adresses, coordonnées GPS, horaires) est-il suffisant pour alimenter un algorithme ?
  • Vos équipes de quai ont-elles des standards de chargement liés à la tournée, ou remplissent-elles seulement « jusqu’en haut » ?
  • Quels KPI suivez-vous aujourd’hui, et à quelle fréquence les partagez-vous avec l’exploitation et le terrain ?
  • Quel est votre niveau d’acceptation potentiel côté chauffeurs pour la télématique et les outils embarqués ?
  • Si les réponses sont floues, la priorité n’est pas d’acheter le dernier logiciel d’optimisation à la mode. La priorité est de clarifier l’organisation actuelle, de fiabiliser la donnée et de poser quelques indicateurs simples. C’est exactement ce qui permet ensuite de tirer pleinement parti d’une technologie de type « ORION »… même avec des camions qui ne sont pas marron.

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