Si vous travaillez dans le transport international, vous tombez forcément sur des combinaisons de lettres et de chiffres qui ressemblent à un code secret : AF, LH, 057-12345675, CDG, FRA, etc. Derrière tout ça, il y a un langage commun : les codes IATA. Mal maîtrisés, ils génèrent des erreurs de réservation, des blocages douane, des litiges de facturation. Bien utilisés, ils fluidifient vos démarches de transport et vous font gagner un temps considérable.
Dans cet article, on va se concentrer sur un point précis : le code compagnie aérienne et, plus largement, les principaux codes IATA que vous devez savoir lire pour piloter vos flux aériens sans vous arracher les cheveux.
Pourquoi s’intéresser aux codes IATA quand on gère du transport ?
En pratique, dès que vous touchez à du fret aérien, vous êtes plongé dans l’univers IATA, que vous le vouliez ou non. Quelques situations typiques :
- Vous recevez un devis aérien avec des références du type « Carrier: TK / Routing: CDG–IST–SIN ».
- Vous suivez un tracking avec des infos comme « Airline: QR, Flight: QR038 / QR946 ».
- Vous contrôlez une facture fret avec une référence AWB « 057-12345675 ».
- Vous échangez avec un transitaire qui ne vous parle que de codes : « on bascule sur QR au lieu de TK, meilleur cut-off à DOH ».
Si ces codes restent flous, vous perdez en autonomie, vous dépendez encore plus de votre prestataire et vous augmentez le risque de malentendu (erreur de compagnie, de routing, de hub, etc.).
À l’inverse, maîtriser le minimum vital sur les codes IATA vous permet de :
- Valider rapidement un routing sans attendre un tableau détaillé.
- Identifier qui fait quoi sur une expédition (compagnie opératrice, code de l’AWB, aéroports concernés).
- Recouper les informations de facturation et détecter les incohérences.
- Parler le même langage que vos transitaires, compagnies et services internes (achat, ADV, finance).
Pas besoin d’apprendre tout le dictionnaire IATA. En revanche, comprendre la logique des principaux codes vous évite 80 % des problèmes opérationnels.
Les grands types de codes IATA à connaître
IATA gère plusieurs familles de codes. Dans le cadre de vos démarches de transport, les plus importants sont :
- Code compagnie aérienne IATA (2 lettres) : AF (Air France), LH (Lufthansa), EK (Emirates), QR (Qatar Airways), etc.
- Code numérique de compagnie (3 chiffres) : utilisé notamment dans les numéros d’AWB (057 pour Lufthansa, 057-xxxxxxx).
- Code aéroport (3 lettres) : CDG, ORY, FRA, AMS, JFK, SIN, HKG, etc.
- Numéro d’AWB (Air Waybill) : composé du code numérique de la compagnie + un numéro de série (ex : 057-12345675).
Dans cet article, on va surtout zoomer sur les codes compagnies (lettres et chiffres), mais il est difficile de les dissocier totalement des codes aéroport et des AWB, car ils fonctionnent ensemble dans les documents de transport.
Comment lire un code compagnie aérienne IATA ?
Chaque compagnie a, en principe, un code IATA à deux lettres. Quelques exemples fréquents en cargo :
- AF : Air France
- KL : KLM
- LH : Lufthansa
- TK : Turkish Airlines
- QR : Qatar Airways
- EK : Emirates
- CX : Cathay Pacific
- ET : Ethiopian Airlines
Ces codes apparaissent partout :
- Dans le routing : « CDG–DOH–SIN / Airline: QR ».
- Dans les numéros de vols : « QR038 », « TK1823 » (code compagnie + numéro de vol).
- Dans les écrans de booking TMS / portail client : liste déroulante de compagnies avec leurs codes.
- Dans les messages EDI et échanges électroniques
En parallèle, IATA attribue à chaque compagnie un code numérique à 3 chiffres qui sert de préfixe dans certains documents, notamment l’AWB :
- Air France : code alphanumérique « AF », code numérique 057 (exemple indicatif, à vérifier dans la base IATA).
- Lufthansa : code « LH », code numérique 020 (exemple indicatif).
Dans un AWB du type 057-12345675 :
- 057 = code numérique de la compagnie émettrice de l’AWB.
- 12345675 = numéro de série propre à ce document.
Point clé : le code à 2 lettres et le code à 3 chiffres ne sont pas interchangeables. Le premier sert à identifier la compagnie dans les vols, systèmes de réservation et échanges quotidiens. Le second sert pour la traçabilité documentaire et financière (AWB, interlignage, facturation entre compagnies).
Où retrouver les codes compagnies dans vos documents de transport ?
Pour bien exploiter les codes IATA, il faut savoir où les chercher. Dans la pratique, vous les retrouverez aux endroits suivants :
- Sur le devis fret aérien : rubrique « airline » ou « carrier » avec le code IATA (ex : TK, QR, AF).
- Sur le booking ou la confirmation de réservation :
- Compagnie opératrice : code à 2 lettres.
- Numéros de vol : code compagnie + numéro (ex : TK1823).
- Sur l’AWB (Air Waybill) :
- En haut : numéro d’AWB avec le code à 3 chiffres.
- Dans les champs opérateur et routing : codes compagnies et codes aéroport.
- Dans votre TMS ou portail de tracking :
- Référence tracking : souvent basée sur le numéro d’AWB (incluant le préfixe numérique).
- Affichage du code compagnie dans la ligne de transport.
- Sur la facture transporteur :
- Référence AWB en lien avec le préfixe numérique.
- Rappel de la compagnie émettrice, avec le code IATA parfois mentionné.
Habituez-vous à les repérer. Cela vous permet de faire un contrôle croisé simple :
- Le code compagnie sur la confirmation est-il cohérent avec celui de l’AWB ?
- La référence facture correspond-elle bien à l’AWB que vous avez reçu ?
- Le routing réel (via tel ou tel hub) est-il bien aligné avec la compagnie annoncée ?
Les erreurs fréquentes liées aux codes compagnies (et comment les éviter)
Les codes IATA ne sont pas compliqués, mais dans la pression du quotidien, certaines erreurs reviennent très souvent.
1. Confusion entre compagnie annoncée et compagnie réellement opératrice
Cas typique : le transitaire vous vend un routing sur « LH », mais une partie du trajet est opérée par une autre compagnie dans le cadre d’un partage de code (code share) ou d’un accord interline. Résultat : pas le même hub, pas le même type d’avion, voire pas les mêmes règles sur certaines marchandises (lithium, dangereux, animaux, etc.).
Bon réflexe :
- Demander explicitement : « Quelle est la compagnie opératrice sur chaque segment ? »
- Vérifier les codes vols dans le détail (le code IATA du vol doit correspondre à la compagnie réellement opératrice, sauf cas particuliers).
2. Mauvaise interprétation du code dans un système interne
Certains ERP ou TMS utilisent des codes compagnies internes différents des codes IATA (ex : “AIRF” au lieu de “AF”). Lors de l’intégration de nouveaux flux, on voit souvent :
- Un mauvais mapping entre le code interne et le code IATA.
- Des doublons (plusieurs codes internes pour la même compagnie).
Bon réflexe :
- Mettre à jour un référentiel compagnies clair : code interne, code IATA (2 lettres), code numérique (3 chiffres), nom de la compagnie.
- Vérifier ce mapping lors de la mise en place d’un nouveau TMS ou lors d’un changement de transitaire.
3. AWB rattaché à la mauvaise compagnie
Un cas vu sur le terrain : le service comptabilité reçoit une facture avec un AWB préfixe « 057-XXXXXXX », la rattache à Air France (par réflexe, « on a l’habitude »), alors qu’il s’agit d’une autre compagnie. Au moment du contrôle budgétaire par compagnie, tout est faussé.
Bon réflexe :
- Intégrer dans vos règles de contrôle facture un check systématique entre :
- Le préfixe numérique AWB.
- La compagnie enregistrée dans votre ERP/TMS.
- Tenir à jour un tableau simple : préfixe AWB → code IATA → nom compagnie.
Cas pratique : décoder une expédition aérienne de bout en bout
Imaginons une expédition au départ de France vers Singapour, expédiée depuis votre entrepôt proche de Paris.
Votre transitaire vous propose la solution suivante :
- Pickup routier : entrepôt → CDG.
- Routing aérien : CDG–DOH–SIN.
- Compagnie : QR.
Sur la confirmation de booking, vous voyez :
- Carrier : QR
- Flight 1 : QR038 – CDG → DOH
- Flight 2 : QR946 – DOH → SIN
- Transit via : DOH
Sur l’AWB (Air Waybill) qui arrive ensuite :
- Numéro : 157-12345675
- Issuing Carrier: Qatar Airways
- Routing : CDG (Paris) → DOH (Doha) → SIN (Singapour)
- Flight/Date :
- QR038 – [date]
- QR946 – [date]
Que pouvez-vous faire avec ces informations, côté « maîtrise des codes » ?
- Identifier la compagnie :
- Code 2 lettres : QR.
- Préfixe AWB : 157 → correspond à Qatar Airways (à vérifier dans votre référentiel).
- Vérifier la cohérence globale :
- Le carrier annoncé (QR) = le carrier émetteur de l’AWB (157).
- Les vols portent bien le code QR.
- Faciliter le tracking :
- Vous pouvez suivre l’expédition soit par le numéro d’AWB (157-12345675), soit par les numéros de vols QR038 / QR946 sur les portails de la compagnie ou du transitaire.
- Préparer le contrôle facture :
- À la réception de la facture, vous vérifiez que l’AWB facturé correspond bien à l’AWB opéré par QR (préfixe, routing, dates).
En quelques minutes, grâce aux codes compagnies et aux préfixes AWB, vous pouvez fiabiliser l’ensemble de la chaîne : de la réservation au paiement.
Utiliser les codes IATA pour mieux piloter ses flux et ses KPI
Au-delà des démarches de base (booking, tracking, facturation), les codes compagnies peuvent devenir des leviers de pilotage intéressants.
Quelques exemples concrets :
- Analyse de performance par compagnie :
- En stockant systématiquement le code IATA dans votre TMS / BI, vous pouvez comparer :
- Taux de ponctualité par compagnie.
- Taux de litiges / avaries.
- Coût moyen par kg ou par envoi.
- En stockant systématiquement le code IATA dans votre TMS / BI, vous pouvez comparer :
- Segmentation de votre portefeuille transport :
- Poids des 3–4 compagnies principales dans votre budget global.
- Capacité de back-up (combien de compagnies alternatives par lane, identifiées via leurs codes).
- Suivi RSE et optimisation environnementale :
- Certains outils de calcul d’empreinte carbone s’appuient sur le code compagnie et le type d’appareil utilisé. En alimentant correctement les codes, vous pouvez comparer l’empreinte de différents routings pour un même lane.
Autrement dit, ce qui, au départ, ressemble à un simple « code pratique pour réserver un vol », peut devenir un champ structurant de vos bases de données transport, et donc de votre pilotage.
Checklist minimale : ce que vos équipes doivent savoir des codes compagnies
Tout le monde n’a pas besoin de connaître par cœur la base IATA, mais certaines notions devraient être maîtrisées par vos équipes ADV, logistique, transport et même compta.
À minima, chaque acteur devrait savoir :
- Identifier dans un document le code compagnie à 2 lettres.
- Repérer le préfixe AWB à 3 chiffres et comprendre à quoi il sert.
- Faire le lien basique : « tel préfixe AWB → telle compagnie ».
- Repérer les codes aéroports à 3 lettres (les principaux flux de l’entreprise).
- Utiliser ces codes pour :
- Lancer un tracking.
- Contrôler une facture.
- Valider un routing (cohérence compagnies / hubs aéroportuaires).
Pour aller plus loin, vos référents transport ou votre service supply chain peuvent :
- Maintenir un référentiel compagnies / aéroports partagé (Excel ou outil décentralisé).
- Former les nouveaux arrivants avec des cas pratiques :
- Lire un AWB et en extraire les infos clés.
- Reconstituer un routing à partir de quelques codes.
- Intégrer des règles de contrôle automatiques dans vos outils (vérification des préfixes AWB, compatibilité compagnie–lane, etc.).
Outils et ressources pour gérer les codes IATA au quotidien
Vous n’avez pas besoin de mémoriser tous les codes. En revanche, vous devez savoir où les trouver rapidement et comment les intégrer dans vos process.
Quelques ressources utiles :
- Base IATA officielle :
- IATA publie et met à jour régulièrement les codes de compagnies, aéroports et localités.
- Accès via certains outils payants ou publications dédiées (utile pour les gros chargeurs et transitaires).
- Référentiels internes :
- Un simple fichier partagé (type Excel ou Google Sheets) avec :
- Code compagnie (2 lettres).
- Préfixe AWB (3 chiffres).
- Nom complet de la compagnie.
- Principaux hubs par rapport à vos flux.
- Mise à jour trimestrielle ou semestrielle par le responsable transport.
- Un simple fichier partagé (type Excel ou Google Sheets) avec :
- Intégration dans vos systèmes (TMS, WMS, ERP) :
- Création d’une table de correspondance entre :
- Code IATA.
- Code interne société.
- Préfixe AWB.
- Utilisation de ces codes dans les reportings automatiques et exports BI.
- Création d’une table de correspondance entre :
- Checklists opérationnelles :
- Pour les équipes planning / ADV : une checklist de contrôle avant expédition, incluant :
- Compagnie choisie (code 2 lettres).
- Routing (codes aéroports).
- AWB émis (vérification du préfixe et de la cohérence compagnie).
- Pour les équipes planning / ADV : une checklist de contrôle avant expédition, incluant :
L’enjeu n’est pas de devenir « spécialiste IATA », mais de faire en sorte que les codes ne soient plus une boîte noire dans vos dossiers transport. À partir du moment où vous savez les lire, les décoder et les contrôler, vous reprenez la main sur vos démarches et vous sécurisez vos flux.
En résumé, un code compagnie aérienne IATA, ce n’est pas qu’un sigle obscur sur un document : c’est un identifiant clé














